Place au Peuple – Reims 2014 (17 Novembre 2013)

Par Xavier Béchereau

 Le temps est gris en ce weekend de la mi novembre mais les esprits s’étaient déjà enfoncés dans un hiver de la pensée bien avant l’arrivée du froid. Il n’est pas étonnant que le membre du gouvernement le plus attaqué par la droite soit Christiane Taubira. Elle symbolise, en quelque sorte, la civilisation de gauche riche de sa diversité culturelle où chacun a sa chance quelle que soit sa couleur de peau, son origine, sa religion ; la laïcité républicaine en somme. Oh je ne me fais pas de souci, certains diront laïcité de gauche mais quand bien même, quelle est donc la laïcité de droite? Celle qui refuse l’étranger, l’immigrant et se sert d’un héritage historique pour ériger les valeurs chrétiennes au dessus de tout. En effet, la droite définit une nation par rapport à une identité exclusive, figée pour les siècles des siècles et donc tout nouvel arrivant sur notre sol républicain est une menace potentielle de cette identité. La droite cherche donc à s’assurer que cette personne est bien conforme à cette identité qu’elle prend même la peine de rappeler à travers les fameux débats sur l’identité nationale de Nicolas Sarkozy ; c’est à dire : la France des clochers, de la baguette et aussi des gens qui travaillent docilement pour les intérêts du capital. Rien d’étonnant donc qu’on insulte, depuis sa prise de fonction, Christiane Taubira, peut importe le travail qu’elle abat pour la justice en France. Osons dire que nous défendons cette ministre car s’il y a bien une chose qui fonctionne pendant le mandat de François Hollande, c’est bien la justice qui peut faire correctement son travail : affaire Cahuzac, Balkany, Dassault… même s’il faut le travail de Mediapart pour faire éclater ses affaires.
Disons le donc très clairement : Le racisme n’est pas une opinion acceptable dans ce pays, c’est un délit réprimé par la loi. Il n’est pas tolérable dans notre pays qu’on laisse dire de telles insanités et ce n’est pas parce que les divers ministres de Nicolas Sarkozy ne se sont pas privés pendant cinq ans que s’en est devenu acceptable.

Une vraie démocratie de quartier comme étape de la Révolution citoyenne

La semaine dernière je rencontrais Ali Aissaoui, médecin, fils d’ancien harki et conseiller municipal à Reims de la municipalité en cours et ancien responsable de la démocratie locale pour parler justement de la vie des quartiers et des conseils de quartier où le manque de démocratie est criant ! Ce sont des antennes de téléphonie qu’on installe sans vergogne sur le toit du conservatoire de musique à deux pas d’un collège et d’une école primaire, c’est la réfection de l’esplanade Fléchambault qui certes n’était pas la plus belle du monde mais dont les travaux ont provoqué la baisse de 50% du chiffre d’affaire des petits commerces de proximité, du non entretien des quelques espaces verts de Croix Rouge… Bref tout cela non seulement est inefficace mais dégoûte en plus de la politique les citoyens et après on s’étonne qu’il y ait de l’abstention ou du vote FN !

Il nous faut donc recréer un tissu démocratique dans la ville de Reims et nous devons améliorer le dispositif des Conseils de Quartier. Leur création par Adeline Hazan était une bonne idée mais faute de moyens et de budget, ces conseils ont finalement un rôle consultatif et non décisionnaires. Pour rendre ce pouvoir aux citoyens et leur place dans la vie de la cité, les conseils de quartiers devront être pourvus d’un budget dont ils auront la responsabilité (environ 10000 €) avec au départ l’encadrement de deux élus (un de la majorité et un de l’opposition). Par la suite, au bout de 2 ans, les élus n’auraient plus qu’un rôle consultatif. Voici une façon qu’auront les Rémois de se réapproprier leur ville et l’espace politique et qui constitue une étape dans la révolution citoyenne que promeut le Front de Gauche.

Favoriser le commerce de proximité plutôt que les Grandes Surfaces

Enfin je voudrais revenir sur les commerces de proximité. S’il y a bien une catégorie de patrons qui est spoliée autant que les salariés, ce sont bien les commerçants. Depuis une trentaine d’années, les agglomérations font le choix de la grande distribution au détriment du commerce. Non seulement la grande distribution est sujette à la prédation des milieux financiers et leurs exigences de rentabilité astronomique avec les conséquences que l’on connait sur les salariés et les contrats de travail, mais en plus elle ne favorise que très rarement les circuits courts et l’économie régionale en valorisant les produits locaux. L’ultra majorité des fruits et légumes, de la viande, de l’alimentation que l’on peut acheter en grande surface ne vient pas de la région de consommation si ce n’est même de la France ; de plus les marges arrières pratiquées par la grande distribution compriment sans arrêt les prix pour les producteurs qui sont obligés d’améliorer sans cesse leur productivité en utilisant de l’engrais, des pesticides et bientôt des OGMs pour survivre. Nous avons le devoir de dénoncer l’organisation productiviste capitaliste de ce mode de consommation qui en plus de ne pas respecter l’environnement, détruit plus d’emplois qu’il n’en crée.
En effet, la grande distribution utilise un réseau d’approvisionnement national et peut pratiquer une concurrence déloyale vis a vis des commerces qui ne peuvent pas lutter ; ainsi la grande distribution a remplacé des emplois à durée indéterminée et productifs par des emplois précaires en CDD voir intérimaires. Enfin il faut également savoir apprécier le savoir-faire. Le mot artisan contient le mot art ; il n’est pas bon de dissocier le produit que l’on achète de tout son processus de production car en plus de dénigrer la compétence de l’artisan, on y perd du lien social. Regardez ce qui se passe dans un supermarché, lieu de désocialisation de masse où l’on achète des produits dont on ne connait rien avant de passer aux caisses où plus personne ne se parle et où le système consumériste vous laisse dans votre solitude.

Il nous faudra donc encourager les commerces de proximité qui valorisent des produits régionaux et nous pouvons commencer par réfléchir à modifier la taxe sur les enseignes qui ne lutte pas efficacement contre la publicité et qui est surtout plus injuste pour les commerces que pour les grandes surfaces dont les finances sont largement plus étoffées.