ODCF Wayne-Dalton : Un coup de balai au ministère du redressement productif devient pressant !

Par Xavier Béchereau

Camarades et citoyens, c’est une véritable honte pour la république française que ce que nous venons d’apprendre. Comme vous le savez, depuis cet été, le Parti de Gauche soutient les 65 salariés de l’entreprise ODCF-Wayne Dalton dont la liquidation judiciaire a été prononcée par la cour d’appel de Reims le 1er Octobre. Ainsi que nous l’avions évoqué dans un précédent article, l’entreprise subit de plein fouet le problème du coût du capital et de la voracité du monde de la finance. Alors que le carnet de commande de l’entreprise était largement fourni et que les salariés faisaient des heures supplémentaires pour tenir les délais de livraisons depuis le mois de Janvier, le site de Reims faisait l’objet d’une liquidation pendant que le groupe verse 25 millions de dollars aux actionnaires.

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La responsabilité du ministère du redressement productif

Après avoir interpellé le maire de Reims : Mme Adeline Hazan, les salariés ont obtenu une faveur de la part du ministère du redressement productif c’est à dire le droit d’être entendu à Bercy le 4 Octobre, soit 3 jours après la liquidation. En plus des représentants du personnel, étaient présents à cette réunion :
– Xavier Geoffroy, cabinet de Michel Sapin
– Michaël Dudragne, cabinet d’Arnaud Montebourg
– Mr Fourrier, commissaire au redressement productif

Cette réunion fut bien évidemment infructueuse et pose sérieusement la question de l’implication des membres du cabinet des deux ministres chargés du Travail et de l’industrie. Selon le témoignage des représentants du personnel, Mr Geoffroy a non seulement passé son temps à pianoter sur son téléphone pendant la réunion mais n’a même pas pris la peine de se saisir du rapport de l’expert du comité d’entreprise, laissé sur la table lors de son départ. In fine, la conclusion donnée par les représentants de l’État fut la suivante : La recherche d’un repreneur n’ayant pas marché, l’État privilégie la solution de liquidation et d’un plan ironiquement dénommé : Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE).

Or, nous avons appris ce matin par Maitre Brun, l’avocat des salariés d’ODCF Wayne Dalton qu’un repreneur s’était manifesté depuis le mois de Juillet ! Il s’agit de la société française Tubauto, faisant partie du groupe allemand Hörmann concurrent direct de Wayne Dalton ; Tubauto souhaite en effet devenir acquéreur du site et maintenir l’intégralité des emplois !

Que font les fonctionnaires des deux ministères ? et comment peut on ainsi valider une liquidation au mépris de la vie humaine et de TOUS les devoirs de l’État envers les citoyens ?

Grève de la faim

Deux camarades de Wayne Dalton ont débuté une grève de la faim hier soir et occupent les arcades près de la sous préfecture pour attirer l’attention des media nationaux et faire avancer les choses. Si nous regrettons que des personnes doivent en venir à mettre en danger leur propre santé pour qu’ENFIN la République s’intéresse au malheur qui ronge la population française, nous ne pouvons que saluer leur courage et leur dévouement. N’hésitez pas à venir les saluer, leur apporter un peu de réconfort, ainsi qu’aux camarades qui les accompagnent.

Wayne-Dalton : la preuve même des revendications politiques du PG et du Front de Gauche

Voici des mois que le Front de Gauche demande urgemment un changement de cap du gouvernement Ayrault. En poursuivant la politique de l’offre mise en place par la droite pendant 10 ans, nous poursuivons la désindustrialisation de la France et ne faisons qu’augmenter le chômage en détruisant des emplois qualifiés à haute valeur ajoutée et en perdant, pour toujours, le savoir-faire des salariés.

Le Front de Gauche a pris ses responsabilités en proposant au Parlement, une loi interdisant les licenciements boursiers c’est à dire l’impossibilité pour une entreprise, même étrangère, de licencier des salariés tant qu’elle distribue des dividendes à ses actionnaires. S’il y a de l’argent pour les vautours de la finance, il y en a pour les hommes et les femmes à l’origine de la richesse produite. Bien évidemment, la droite et l’extrême droite votèrent contre notre projet de loi, mais le PS également ! Alors qu’une telle loi aurait permis de maintenir sans aucun problème les emplois à Reims, le PS vote avec la droite contre l’intérêt des salariés et va même plus loin en votant avec la droite la loi de flexibilité du travail et de sécurisation du capital (ANI) dont les effets dévastateurs s’appliquent pour Wayne Dalton.

Pour comprendre tout cela, il faut en revenir au procédé scélérat utilisé par la direction pour liquider l’entreprise. Le site rémois de Wayne Dalton a fait l’objet en 2009 d’un rachat en LBO (Leverage Buy Out : méthode très utilisée par les vautours de la finance pour piller les entreprises et engager une plus-value bien grasse) par ODC, ODCF étant la subdivision française. A partir de là, le capital du site de Reims passe en 1 an de 4,6 millions d’euros à 10 000€. La totalité de l’argent remontera vers le groupe, probablement en dividendes. A partir de 2009 également, le groupe stoppe le marketing et ne participe plus aux salons du bricolage, ce qui dénote tout de même une curieuse manière de faire des affaires.

Plus encore, le site rémois n’a qu’un seul fournisseur de matières premières : le groupe ODCF et ne peut pas se fournir ailleurs (règlement du groupe). En 3 ans, le coût des matières premières facturées à Reims a augmenté de 28%, plus une augmentation de 20% justifiée selon la direction par la parité euro/dollar, une pure foutaise bien entendu. Cette hausse des coûts de production ne pouvant absolument pas être répercutée sur les prix de vente, le site de Reims est donc rapidement tombé artificiellement en déficit, jusqu’à 1 million d’euros, alors que les actionnaires se gavaient car le groupe a distribué 90 millions de dollars de dividendes pendant ces 3 années. C’est là qu’advient la décision de liquidation d’un site totalement rentable mais sans doute moins rentable qu’une unité de production en Roumanie ou en Chine.

Alors que le site de Reims compte 3 millions d’euros de trésorerie, le PSE contient entre 200 et 400 000 euros pour les 65 salariés et la loi ANI valide un tel plan social.

Nous ne pouvons accepter un tel pillage et il est de notre devoir de citoyens et de militants de s’indigner du pouvoir politique que les puissances financières ont acquis au fur et à mesure des années avec la déréglementation financière. Il est urgent pour la France d’arrêter la politique de l’offre et les dons à hauteur de 20 milliards de cadeaux aux actionnaires qui n’ont que faire de la vie des pauvres gens qu’ils écrasent sous leur bottes. Nous devons absolument rétablir le partage des richesses au niveau d’il y a 30 ans en taxant les revenus financiers pour qu’il n’y ait plus de déficit des régimes de solidarité de l’État et permettre aux citoyens de vivre dignement et simplement.

Mr le Président, ce n’est pas un problème de compréhension de votre politique dont vous souffrez mais un problème de politique tout court ! Respectez le mandat que nous vous avons confié et commencez enfin une politique de gauche !