La Chronique du Vendredi : La transition énergétique [2° partie]

par Xavier Béchereau

La semaine dernière, la chronique du Vendredi a soulevé la question de la transition énergétique en montrant que, pour le moment, rien n’est fait dans ce domaine par le gouvernement, trop occupé à suivre les lubies de la finance et que les « solutions » mises en place par le capitalisme ne résolvent en rien la véritable dette écologique de l’humanité. Nous allons maintenant rentrer dans les détails des solutions à apporter pour, non seulement, baisser l’impact des activités humaines sur l’environnement à un niveau acceptable pour l’écosystème mais en plus recréer une dynamique industrielle et économique.

I – Principes

Le but de la transition énergétique est une transformation profonde de l’économie en réfléchissant à tous les progrès possibles à tous les niveaux de la structure économique, c’est à dire : production, distribution, consommation et recyclage. En effet il nous faut repenser l’intégralité du modèle économique car même en continuant à utiliser le moteur à explosion, il y a déjà d’énormes marges de manœuvres.

1) Une production écologique

De nombreux progrès sont à faire rien que dans la production, par exemple dans l’agriculture. Notre modèle actuel est orienté sur la viande bovine dont la consommation a fortement augmenté et ceci est un désastre écologique. Plus de la moitié de l’eau potable va au bétail aux Etats-Unis. Avec un demi-hectare (5000 m²) de terre cultivable, on produit 70kg de viande ou 10 tonnes de pommes de terre et il faut 15000 litres d’eau pour produire 1kg de viande contre 800 litres pour un kg de blé. Pour répondre à de tels besoins, conséquence de demandes de rentabilité toujours plus grandes de la finance, l’agriculture doit augmenter sa productivité via l’utilisation de pesticides, d’engrais, d’OGM et en se concentrant en grandes exploitations agricoles, en absorbant toute la paysannerie qui a été le cœur de la France pendant des siècles. Non pas que cela soit grave en soit, il faut vivre avec son temps, mais il faut bien reconnaitre que plusieurs petites exploitations créent plus d’emplois que les grandes recourant à la mécanisation à outrance. Il faut aussi encourager l’agriculture biologique afin de préserver nos ressources naturelles notamment la fertilité des terres et la qualité de l’eau.

D’un point de vue industriel, des solutions existent et sont en développement. Rappelons que le gouvernement avait passé un accord avec Mittal pour l’étude du projet ULCOS, projet d’avenir de captation de CO² dans les aciéries ; bien évidemment cet accord a suivi le chemin prévu par Mittal : direct vers la poubelle. Dans l’automobile, il y a un véritable saut technologique à faire pour préparer la voiture de demain. Les efforts se concentrent actuellement sur la voiture électrique ; le seul hic c’est qu’on ne sait pas recycler les batteries et que personne n’a encore réfléchi à comment produire l’électricité pour alimenter toutes ces voitures. Une solution plus simple existe : les moteurs à air comprimé. Des projets existent déjà et sont très prometteurs, puisqu’il suffirait que chacun s’équipe d’un compresseur électrique chez soi (ce qui signifie création d’emplois pour une industrie des compresseurs) pour recharger sa voiture en air. Il faut aussi assurer une production électrique écologique mais nous verrons cela dans le deuxième paragraphe.

2) Un circuit de distribution raccourci

Est-il normal que dans un supermarché, les fruits et légumes que l’on peut acheter viennent de pays lointains ? J’ai déjà pu voir en plein été, dans un supermarché, des haricots verts venus du Kenya ! Est-il normal également que la Champagne Ardenne avec un secteur d’activité aussi important que le Champagne ne possède aucune usine de fabrication de bouteilles et que les vignerons doivent les faire venir d’Italie ? La distribution est l’élément où le plus de marge écologique est disponible parce que si l’on pouvait simplement rapprocher les centres de production des lieux de consommation, alors on réduirait très fortement la masse gigantesque de camions qui empruntent les routes de France et qui posent même un risque de sécurité routière (voir les accidents de la RCEA en Allier).

Il est certain que tout ne sera pas possible, par exemple le Champagne sera toujours consommé partout dans le monde et on ne peut que le souhaiter mais pour ces cas où on ne peut pas développer les circuits courts, il nous faut développer le ferroutage par exemple.

3) Une consommation citoyenne

Ce point est plus difficile à aborder car il touche à la liberté individuelle propre à chacun de consommer comme il l’entend. Cependant, il revient à l’Etat de s’assurer que les citoyens soient parfaitement informés de la provenance, de la méthode de production et de distribution afin que les consommateurs ne soient pas trompés. Consommer n’est pas un acte anodin et sans aucun doute le moyen que tout citoyen possède des à présent d’avoir un impact sur l’économie en privilégiant une alimentation bio et locale (nous rappelons le site des AMAP), ou en évitant de changer de téléphone ou de tablette tous les 6 mois, etc…

D’un point de vue énergétique par contre, il y a d’énormes progrès à réaliser en terme d’isolation des logements afin de réduire la consommation électrique. Il faut également faire des économies d’éclairage des commerces la nuit, etc…

4) Le recyclage

C’est un secteur d’activité largement sous exploité. Les déchets ne doivent pas être considérés comme le rebut de la société mais comme une ressource. Pourquoi tant de nos produits ne sont tout d’abord pas réparables ? C’est dans une logique de  rentabilité et de baisse des coûts : si un objet n’est pas réparable alors le consommateur va en racheter un nouveau et l’entreprise n’a pas à organiser un réseau de distribution de pièces détachés. Si en plus, le produit a une obsolescence programmé alors c’est tout bénef. On estime par exemple que les téléphones portables, les ordinateurs ont une durée de vie technique entre 3 à 5 fois supérieurs à leur durée de vie commerciale. Il faut donc penser le produit à la production pour le rendre réparable et recyclable et ce, via le moyen de normes posées par l’Etat, puis revaloriser les déchets au niveau industriel comme cet exemple dans les pays de la Loire.

 

II – Les technologies de l’énergie

C’est sans doute ici que se joue le gros du travail car le coût de l’énergie est en constante augmentation. Ceci est du à l’augmentation du nombres d’acheteurs en produits pétroliers avec le développement industriel de la Chine et des pays émergents et en plus à la raréfaction du pétrole et du gaz. Mais en réalité, l’énergie est en abondance partout sur Terre, en quantité illimitée et renouvelable, il ne suffit que de « se baisser » pour la récupérer. Selon des études de l’ONU, quatre formes d’énergie sont suffisantes pour fournir l’électricité dont le monde aurait besoin : la géothermie, l’éolien, le solaire et l’énergie de la mer. Nous allons détailler ces quatre formes de production d’énergie. Pour rappel et donner un ordre de grandeur, un réacteur nucléaire produit en moyenne 1000 MW d’électricité.

1) La géothermie

Le principe de la géothermie est assez simple : utiliser la chaleur naturelle dégagée par la Terre. Il est très facile d’utiliser la géothermie pour produire de l’électricité dans les régions volcaniques ou près des sources d’eau chaude. Pour construire une centrale géothermique, il faut réaliser un forage ce qui nécessite un acier de haute qualité (de préférence fabriqué en France) pour atteindre la strate de croûte terrestre chaude. Ensuite on envoie de l’eau sous pression dans la terre qui va être réchauffée naturellement par notre bonne vieille planète et se transformer en vapeur. Cette vapeur va ensuite être remontée à la surface sous l’effet de la pression et faire fonctionner une turbine et donc produire de l’électricité.

Plusieurs expériences ont été tentées et développées dans le monde pour mettre au point cette technologie. Cependant, le projet le plus avancé a démarré en 1987, en France dans le cadre d’une collaboration franco-allemande, sur le site de Soultz-sous-Forêts (Bas-Rhin). Cela a demandé du temps, car la centrale n’a été opérationnelle qu’en juin 2008. Il a fallu vérifier que cette opération ne consommait pas plus d’énergie qu’elle n’en produisait, que le système était exploitable sur plusieurs années, qu’il n’avait pas d’impacts sur l’environnement et qu’il peut être exploitable à un coût intéressant.

La première centrale de production électrique à partir de la géothermie profonde a donc été inaugurée à Soultz-sous-Forêts en juin 2008. Elle dispose d’une puissance de 15 MW injectée sur le réseau d’électricité de Strasbourg. Le calcul montre que la mise en exploitation géothermique de 3 % de la surface de l’Alsace sur un kilomètre de hauteur (entre 4,5 et 5,5 km de profondeur) pourrait assurer une production électrique équivalente à celle d’une dizaine de centrales nucléaires pendant plusieurs décennies. Et ceci sans aucune pollution.

2) Le solaire

Quand on parle énergie solaire, on pense tout de suite panneau solaire or cette technologie n’est pas si écolo que cela car elle nécessite beaucoup de pétrole pour sa fabrication. Ce n’est donc pas un bon modèle mais il en existe un autre : le solaire à concentration. Il s’agit de concentrer les rayons du soleil, à l’aide de miroir pilotés par ordinateur pour suivre la course du soleil, sur une tour où circule de l’eau. Même principe que pour la géothermie, l’eau se transforme en vapeur et fait alors fonctionner une turbine créant de l’électricité.

La capacité de production des centrales solaires à concentration dépend directement de la quantité de soleil disponible, cela peut donc varier de 20 à 350 MW

3) L’énergie éolienne

Tout le monde connait le principe de fonctionnement des éoliennes. On peut simplement rappeler que des centrales éoliennes sont implantés sur le territoire notamment en Champagne Ardenne mais qu’il existe surtout des projets de centrales off shore où le vent est en abondance et où il y a moins de contrainte de bruit et de voisinage. La France produit déjà 7500 MW d’électricité à partir de l’éolien ce qui représente 7 réacteurs nucléaires.

4) L’énergie de la mer

Il existe deux types de centrales utilisant la puissance de la mer : les hydroliennes (qui sont des « éoliennes » immergées) et les centrales marémotrices. Les hydroliennes sont des grandes hélices se mouvant lentement avec le mouvement de la marée. EDF estime que le potentiel de développement pour la France des hydroliennes est de 3 GW soit 3 réacteurs nucléaires.

Les centrales marémotrices sont constitués d’un bassin qui se remplit et se vide avec les marées actionnant des turbines produisant de l’électricité et nous en possédons déjà une :

III – Organisation de la Transition énergétique

Comme nous l’avons vu, les solutions dans le domaine de l’énergie écologique sont nombreuses et créatrices d’emploi. Il faut démultiplier les centrales de production d’électricité renouvelable pour progressivement se passer du nucléaire et relocaliser la production proche des consommateurs. Actuellement le Finistère est un département qui ne produit aucune électricité et qui doit l’importer des centrales nucléaires d’autres régions ; la conséquence étant que lors des pics de consommation l’hiver, les bretons sont régulièrement privés d’électricité. Si toute la côte était fournie en hydroliennes et centrale marémotrice, alors la situation énergétique de ce territoire serait grandement amélioré.

Chaque territoire a des atouts différents des uns des autres. Dans le sud, l’ensoleillement permet de faire fonctionner des centrales solaires, en Auvergne, où l’on trouve de nombreuses sources d’eau chaude, la géothermie y est prédisposée etc… Chaque région doit donc être au coeur du développement économique lié à la transition énergétique via des pôles publiques de l’énergie. Les Régions doivent également prendre en main la réindustrialisation productive selon les critères de la transition énergétique en encourageant l’agriculture biologique et paysanne et en relocalisant des activités industrielles via, par exemple, des coopératives ouvrières répondant à des besoins économiques.

Ces progrès écologiques et économiques s’accompagnent toujours de progrès humain car l’intelligence et la richesse de la ressource humaine est la base de la transition énergétique. C’est pourquoi le Parti de Gauche parle d’écosocialisme, car en organisant la transition énergétique, l’Etat organisera une dynamique économique de long terme avec des emplois à haute qualification non précarisés. Nous ferons progresser la condition humaine en faisant progresser l’écologie.

BROCH_A5_ECOSOCIALISME_PG