La Chronique du Vendredi : La transition énergétique [1ère Partie]

par Xavier Béchereau

Parmi tout ce que l’on entend sortir chaque jour du gouvernement, entre baisse du coût du travail, compétitivité des entreprises, réforme des retraites… il y a malheureusement un sujet que l’on peine à entendre : la transition énergétique. Pourtant, deux des 60 engagements de François Hollande évoquent la transition énergétique dont le 1er :

Je créerai une Banque publique d’investissement. À travers ses fonds régionaux, je favoriserai le développement des PME, le soutien aux filières d’avenir et la conversion écologique et énergétique de l’industrie. Je permettrai aux régions, pivots de l’animation économique, de prendre des participations dans les entreprises stratégiques pour le développement local et la compétitivité de la France. Une partie des financements sera orientée vers l’économie sociale et solidaire.

L’autre engagement (numéro 41) parle de réduire d’ici 2025, la production d’électricité nucléaire de 75 à 50% au profits des énergies renouvelables. Or voilà maintenant un an que le Parti socialiste est aux manettes de l’État et il est bien difficile de savoir comment le gouvernement compte organiser la transition énergétique au vu de l’inactivité du ministère de l’écologie et de l’absence d’arbitrage par exemple dans le dossier de Notre Dame des Landes où la direction prise par le gouvernement est contraire à la transition énergétique !

Au delà des contraintes écologiques qui sont trop souvent oubliées par les programmes politiques, la transition énergétique est en réalité le moyen de sortir par le haut de la crise économique en créant de nouveaux débouchés pour l’industrie et donc de l’emploi productif stable grâce à l’ingéniosité et aux connaissances de nos ingénieurs et chercheurs formés par nos écoles et universités publiques. La chronique du vendredi va tenter de démontrer en 2 parties :
– pourquoi la transition énergétique est nécessaire pour sauver l’économie mondiale,
– quelles sont les principes et les technologies de la transition énergétique,
– et enfin comment organiser cette transition au niveau national et local.

I – L’échec du développement durable

Tout d’abord, il faut évoquer les tentatives du système capitaliste productiviste de se corriger pour comprendre en quoi ces tentatives ont échoué à trouver des solutions viables à long terme. Le « développement durable » est un concept créé par l’ONU dont les objectifs sont de garantir un développement économique écologiquement responsable pour garantir le maintien de l’écosystème pour les générations futures. Cependant comme disait Albert Einstein, les acteurs à l’origine du problème ne peuvent pas lui trouver de solution. Le développement durable n’a fait que déplacer les problèmes loin des pays riches. Si nos législation sont assez strictes en matière de protection de l’environnement, ces contraintes ne sont pas les mêmes partout dans le monde. L’effet pervers de cette mise aux normes environnementales est l’augmentation de la longueur des circuits de distribution car il sera toujours moins cher de produire dans un pays pauvre, qui n’a pas de législation environnementale et où les salariés n’ont aucune protection sociale, à des milliers de km du lieu de consommation.

Les agrocarburants sont un bon exemple de cet effet pervers. Dans le but de diminuer les rejets de gaz à effet de serre des voitures et la dépendance au pétrole, nos sociétés se sont lancées dans la production d’éthanol qui effectivement rejette moins de CO² au tuyau d’échappement. Cependant lors de la fabrication de ce carburant, il faut faire brûler intégralement le champ de canne à sucre, produisant autant de CO² dans l’atmosphère. Cette production a également une conséquence coûteuse : le détournement de la vocation des terres agricoles qui est de nourrir les humains et et non pas de faire tourner nos moyens de transports. On pourrait également évoquer l’huile de palme dont la production, très éloignée des pays occidentaux, est en outre la cause de la déforestation des forêts tropicales. Au lieu d’utiliser pour faire des chips et des gateaux une huile de tournesol produite localement, on préfère faire venir de l’huile de palme d’Indonésie par bateau ou avion en Europe parce que cela coûte moins cher. Le « développement durable »,  dans ce cas, aura fait baisser la consommation du bateau de 5% pendant que le trafic aura augmenté de 10%. Le développement durable, c’est se donner bonne conscience sans changer l’ordre établi. Ce n’est pas suffisant et il faut repenser le modèle économique.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le développement durable, si cela vous intéresse, je vous recommande cette petite vidéo de Mr Mondialisation :

 

II – Donner un nouveau souffle à l’économie

Aujourd’hui l’économie est en crise systémique. La finance est devenu le cancer de l’économie et c’est bien évidemment le premier front de lutte pour la reconquête d’une économie viable. Cependant, en admettant que l’on revienne à une finance réglementée comme après la seconde guerre mondiale, il ne faut pas oublier les 500 000 emplois industriels détruits en 10 ans que l’on ne retrouvera jamais. Les « honnêtes gens » ont voulu nous faire croire que l’économie pouvait se passer d’industrie et que l’on pouvait se contenter d’une économie de services ; on voit bien là où cela nous a menés car étonnamment ces gens n’ont pas vu venir la crise des subprimes. On entendait encore pendant l’exposition mediatique de Florange, les chiens de garde des media nous dire que l’acier, c’était fini en Europe, alors que nous en importons autant que nous en exportons.

Tout ceci est bien entendu faux et la reconquête de l’emploi passe par la ré-industrialisation de notre pays. La question est alors : que produire pour sortir la tête haute ? Il est évident que si nous nous lancions dans la production d’écrans de tv ou de téléphones portables, nous subirions le dumping environnemental et social ignoble des esclavagistes de Foxconn en Chine et nos industries seraient vouer à l’échec. Il faut donc créer un tout nouveau secteur d’activité où personne n’est encore présent et c’est là que nous avons besoin d’imagination et d’un Etat maitre et directeur de son économie pour orienter tout le pays vers un nouveau mode de fonctionnement. Il nous faut investir dans les énergies renouvelables, développer les circuits courts et l’agriculture biologique, non seulement parce que ce secteur d’activité est très largement sous développé mais en plus parce qu’il nous permet d’améliorer notre indépendance énergétique et notre balance commerciale. Pour information, en 2011 le déficit commercial de la France atteignait 69,59 milliards d’euros, dont la facture énergétique en représente 86 % (environ 60 milliards d’euros). Hors énergie, la balance commerciale de la France est donc quasiment à l’équilibre. Il y a donc là matière à d’énormes progrès.

Attention, ne croyez pas qu’il s’agit d’une utopie. Nous l’avons déjà fait. Le nucléaire a désormais mauvaise réputation pour les raisons que nous connaissons mais c’est le processus qui nous intéresse ici. Le programme nucléaire civil français a commencé dans les années soixante car à l’époque la France était totalement dépendante du pétrole. Les divers chocs pétroliers ont fait accélérer le programme nucléaire français et de ce point de vue-là, le nucléaire français est une grande réussite de la France car il a permis la diminution de la dépendance énergétique et ce sont près de 200 000 emplois directs et indirects qui n’existeraient pas si l’Etat français n’avait pas fait travailler ses méninges et utiliser l’intelligence de nos élites en ingénierie.

Si le nucléaire semblait un bon choix dans les années soixante-dix, il est temps que notre économie reflète le niveau de connaissances du XXIe siècle et c’est grâce à ce travail sur la transition énergétique que l’économie française prospérera. Nous verrons la semaine prochaine quelles sont les technologies et les principes qui permettront à l’économie de demain de fonctionner.