Division de la gauche : le gouvernement plaide-t-il coupable pour l’amnistie sociale ?

« Cela confirme une rupture de ce gouvernement avec le monde du travail et une renonciation à prendre des mesures qui étaient attendues par la majorité de ce pays » déclarait hier André Chassaigne, président du groupe Front de Gauche à l’assemblée nationale.

En effet, depuis des mois les élus du Front de Gauche se battent pour faire respecter la promesse du candidat Hollande de l’entre deux tours. Cette promesse, qui est un véritable marqueur de gauche et qui pour le coup ne coûte pas un centime (à y regarder de plus près elle fait même faire des économies de procédures judiciaires), n’est à l’heure actuelle toujours pas respectée. Devant l’immobilisme de François Hollande et son désintérêt grandissant de la question, les sénateurs Front de Gauche avaient pris leurs responsabilités et proposé au sénat un texte pour l’amnistie des délits commis par les syndicalistes pendant les mouvements sociaux du mandant de Nicolas Sarkozy. Pour rappel, le texte avait été présenté aux sénateurs par le ministre de la Justice : Christiane Taubira qui s’était battu pour cette amnistie avec plusieurs camarades du PS jusqu’en 2012. Le ministre de la Justice s’en était remis « à la sagesse » des sénateurs lors des débats avant de saluer ensuite un texte qui « fait oeuvre de justice ». L’amnistie avait finalement été adoptée d’une courte majorité fin février au sénat avec les voix FdG, EELV et PS.

Par ailleurs, tout le monde a toujours bien en tête l’ignoble campagne médiatique accusant le Front de Gauche de continuer à diviser la gauche alors qu’il ne s’agissait que faire appliquer une promesse électorale. Certes, la méthode employée a tenté de forcer la main de l’exécutif mais il n’y en aurait pas eu besoin si les grands marquis du PS avait bien voulu s’élever à écouter les arguments des partenaires de la victoire de François Hollande. Rappelons également les propos de la présidente du MEDEF Laurence Parisot comparant cette loi a une tolérance des « casseurs ». Pour ceux qui auraient des doutes sur ces propos, rappelons que l’on est un délinquant quand on prend une usine et sa direction en otage de façon non violente mais pas lorsque l’on brise les vies des salariés en fermant une usine rentable pour améliorer le rendement des dividendes actions. Enfin qui peut croire que les salariés ont intérêt à casser leur outil de travail, c’est tout simplement grotesque. Si ce qui suit dans cet article fait le buzz dans les medias, soyez sûrs que ces arguments vont ressortir.


« Non » à l’amnistie sociale (Alain Vidalies) par FranceInfo

Contrairement aux sénateurs socialistes, le gouvernement PS a toujours été opposé à l’amnistie sociale et il restait après le vote du sénat, l’examen du texte par l’Assemblée Nationale. Or mercredi matin, le texte a été refusé par la commission des Lois à l’assemblée nationale. Le texte ne fera donc même pas l’objet d’un examen puis d’un vote par l’Assemblée. Parmi les députés, membres de cette comission, seuls Marc Dolez et les députés Sergio Coronado au nom des écologistes et Patrick Menucci, isolé parmi les socialistes, ont manifesté leur soutien à ce texte. Elus PS, UMP, UDI ont donc voté contre et les élus FN (Jacques Bompart, Gilbert Collard) de cette commission ont encore une fois pu illustrer leur attachement aux ouvriers et à la défense « des oubliés de la nation « en votant contre !    (liste des membres de cette commision)

Encore une fois, les députés PS (désolé mais les appeler socialistes devient de plus en plus difficile chaque jour) démontrent que la démocratie et le débat parlementaire n’est pas à l’ordre du jour. S’il faut un an pour voter le texte du mariage pour tous, un mois pour voter le texte de l’ANI made in MEDEF qui détruit le code du travail et une heure pour révoquer un texte de gauche alors autant être cohérent et dire que le parlement ne sert à rien et laisser le gouvernement agir par décret ! Il faut aller au bout de la logique pour les parlementaires PS ou alors ces derniers ont un peu d’estime d’eux même et considèrent qu’ils ont un travail à faire et qu’il serait bien qu’on les laisse le faire.

Nous ne pouvons espérer qu’une chose : que cette décision fasse grossir les rangs de la manif du 5 mai pour la VIe République.

Addendum

Voici quelques réactions de députés PS, nous vous laissons juge de leurs propos (source mediapart) :

Patrick Mennucci : « Pour une fois, je vais exprimer un désaccord », annonce-t-il. Il dit vouloir voter pour l’amnistie, car « c’est une question purement symbolique », un « signe d’équilibre politique donné à notre électorat », celui-là même qui a « parfois du mal à comprendre notre politique ». Froidement interrompu par son collègue et camarade Jean-Jacques Urvoas, qui lui rappelle qu’il n’est « pas à une réunion du PS », Mennucci s’emporte. « Entendre à la radio que je n’ai pas le droit de voter pour, je ne l’accepte pas ! lâche-t-il. Ça suffit, cette façon de nous traiter ! Je crois que j’ai le droit de dire ce que je dis : je pense que nous faisons une erreur ! »

Laurent Baumel, cofondateur de la “gauche populaire” : « l’opinion nous a déjà reproché d’avoir abrogé le jour de carence pour les fonctionnaires. Ce serait une fois de plus donner un symbole que la gauche ne s’occupe que des corporations ou des structures dont elle est proche ».

Michel Destot : « Je ne suis pas contre, mais ce n’est pas opportun de le faire. Nous devons d’abord remettre de l’ordre dans la maison, et ça commence par l’organisation des chantiers parlementaires. Nous ne devons pas nous disperser et concentrer nos efforts sur le redressement économique du pays. »

Arnaud Leroy, proche de Montebourg : « Il y a certainement du bon dans cette loi, mais il y a aussi d’autres priorités que de voter un texte mal ficelé ! Mettons-le plutôt à l’ordre du jour de la prochaine conférence sociale ! » Raison invoquée par les députés : le mauvais « signal » envoyé aux entrepreneurs. « On ne peut pas leur donner le sentiment qu’on va voter un permis de casser, poursuit Leroy. Il faut apaiser les choses si on veut relancer l’activité… » Comme nombre de ses collègues socialistes, il ne cache pas son exaspération vis-à-vis du Front de gauche, en particulier de Jean-Luc Mélenchon. « Qu’est-ce que vous voulez qu’on deale avec eux, s’emporte Leroy. On ne va pas jeter de l’huile sur le feu pour un mec qui veut surtout se faire mousser dans les médias. On ne cède pas au chantage. » Plus loin, un autre député PS y va cash, mi-blagueur mi-sérieux. « Les communistes, faut leur donner des claques… » 

Emmanuel Maurel, responsable du courant de l’aile gauche du PS, la résignation guette. « C’est rageant et navrant, regrette-t-il. On s’enferre dans un rapport de conflictualité avec le PCF, ce qu’il ne faut exactement pas faire en période de crise. »

Sergio Coronado, proche d’Eva Joly : « C’est sûr que cet enterrement est un formidable appel à aller défiler le 5 mai … »