La Révolution Française

par Xavier Béchereau

1789 : Le modèle politique féodal s’effondre

volcan_bastille-62bf31789 est le début d’un processus révolutionnaire qui durera 10 ans selon la version officielle mais en réalité ce processus existe toujours avec des phases plus ou moins virulentes. Si les philosophes des Lumières avaient déjà remis en cause le modèle social et politique de l’ancien régime, ce n’est qu’en 1789 que leurs réflexions deviennent des actes de changement profond de la société Française.

En 1789, le royaume de France est en crise économique, l’élément déclencheur ayant été la participation de la France à la guerre d’indépendance américaine mais la crise économique comme toujours n’est qu’un symptôme d’une crise politique et sociale car en réalité le Roi n’a plus de réponse à la crise et n’a physiquement plus de pouvoir car le problème n’est pas l’économie française mais le système français toujours issu de la féodalité. Les caisses sont vides or ceux qui payent l’impôt ne sont que le Tiers-Etat sans pouvoir politique pendant que les nobles et le clergé immensément riches sont exemptés de l’impôt. Un des ministres des finances de Louis XVI : Necker proposa de faire payer l’impôt aux deux autres ordres mais il fut renvoyé par le Roi car il n’était pas question de toucher à l’ordre social.

De l’autre côté, le Tiers Etat était constitué très majoritairement de paysans analphabètes, trop occupés à tenter de subvenir à leurs besoins quotidiens en nourriture car depuis plusieurs années, une crise agricole frappe le pays (pour la petite histoire, on pense que c’est l’éruption d’un volcan islandais qui serait responsable des mauvaises récoltes) et le prix du pain ne cesse d’augmenter. Cependant parmi le tiers etat, existe la classe des bourgeois : des commerçants qui ont fait fortune avec le commerce triangulaire (les girondains) ou autre depuis la renaissance et qui sont très sensibles aux idées des lumières. Ils ont véritablement dépouillé les nobles du pouvoir économique mais n’ont aucun pouvoir politique. Ce sera donc cette partie du Tiers Etat qui va diriger la révolution française.

La suite est connue : le Roi convoque les Etats généraux qui ne mèneront à rien car le pouvoir en place résiste et ne veut pas de changement social, les députés du tiers se constituent assemblée nationale constituante. Tout cela ne mène pas à grand chose, le Roi sentant venir le coup ramène des troupes vers Paris et l’assemblée du tiers va armer les Parisiens pour provoquer un choc. Il faut savoir que le 14 Juillet, le prix du pain atteint un record historique et que si Paris a bien pris la Bastille, c’était surtout parce que la plèbe n’arrivait plus à se nourrir mais il n’est pas prouvé que les parisiens étaient mû par la liberté comme les chef d’oeuvre d’artistes du XIXe siècle le laissent penser. Cependant les bourgeois ont bel et bien harangués les parisiens dans le but de changer le régime, nous en avons la preuve avec le jeune Camille Desmoulins qui demandait aux parisiens de se rendre aux invalides pour s’armer : « aux armes ! » et la prise de la bastille fut un acte symbolique de lutte contre l’absolutisme royal et les fameuses « lettres de cachet ».

Lorsque la Bastille est prise, le duc de Liancourt vient en informer Louis Capet et celui-ci lui demande : « Mais, c’est une révolte ? » et Liancourt de répondre au Roi, de manière visionnaire : « Non Sire, c’est une révolution ! »
Vient ensuite la nuit du 4 Août avec l’abolition des privilèges et enfin le 26, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.declaration1789 Ce texte est et reste fondamental pour ses articles qui posent les fondations d’un nouveau pacte social comme le proposait Rousseau. Le texte garantit la liberté d’opinion, d’expression, de réunion, de culte etc.
Article premier : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »
Article XIV : « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. » (article intéressant quand on pense au TSCG et au contrôle de la commission européenne sur les budgets.)

Malheureusement, la révolution va s’arrêter là car la bourgeoisie a obtenu ce qu’elle voulait : le pouvoir politique pour elle même. La nouvelle monarchie constituante en place convient donc au départ pour assoir la domination de la classe bourgeoise. Quelques preuves de cette état de fait existent : tout d’abord le mode de scrutin, l’assemblée est élu au suffrage censitaire c’est à dire que seuls ceux qui peuvent payer l’import appelé Cens ont le droit de vote ; un seul député s’élèvera contre ce mode de suffrage car contraire à l’article premier de la déclaration des droits de l’homme, il s’agit de Robespierre. Le 14 juin 1791, l’assemblée nationale vote la loi le Chapelier proscrivant les organisations ouvrières, notamment les corporations des métiers, mais également les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage (en d’autres termes plus modernes : les syndicats sont interdits). Le 17 Juillet 1791, une foule manifestant pour la création de la république au champ de Mars sera la cible de tirs de cannon sous l’ordre de La Fayette, ancien marquis mais ayant participé à la révolution pourtant. Les semaines sont changées en décade (un jour chômé tous les dix jours au lieu de 7, cela améliore la productivité).

 

1792 : La République pour sauver la Francerobespierre_1301410852

En 1792, alors que le régime est menacé de l’extérieur par les puissances étrangères proches des Bourbons et de la famille royale, de l’intérieur par la contre révolution royaliste vendéenne puis plus tard par les fédéralistes, la République est proclamée par la convention le 21 Septembre. Ce sont les jacobins de Robespierre qui sont les fers de lance de cette république qui prend déjà un tournant beaucoup plus social, ce qui se remarque dans sa constitution :
article premier : « Le but de la société est le bonheur commun. – Le gouvernement est institué pour garantir à l’homme la puissance de ses droits naturels et imprescriptibles. »
article cinq  : »Tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics. Les peuples libres ne connaissent d’autres motifs de préférence, dans leurs élections, que les vertus et les talents. »
article 18 : « Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie. » La république a donc aboli l’esclavage, source de revenus des girondains.

Le mode de scrutin fut changé, exit le suffrage censitaire pour passer au suffrage universel masculin (Robespierre fut un des rares à proposer le vote des femmes mais n’obtint pas la majorité). La république vota également le 4 mai 1793 la loi du Maximum instituant le maximum décroissant du prix des grains. La loi du maximum spécifiait que tout cultivateur devait déclarer la quantité de grains qu’il possédait ; que les ventes ne pouvaient avoir lieu qu’au marché, et que les officiers municipaux pouvaient faire des réquisitions chez les détenteurs de grains. Le prix moyen de janvier à mai devait d’abord servir de maximum, et ce maximum devait être abaissé par des réductions successives d’environ 1/4. Le 27 juillet 1793 parut une loi qui condamnait les accapareurs à mort. Le 29 Septembre 1793, la convention promulguait une nouvelle loi, dite Loi du maximum général, qui réglementait de nombreuses subsistances ainsi que les salaires. Cette mesure que l’on peut qualifier, mais de façon anachronique, de socialiste montre à quel point la 1ère République considérait déjà qu’il n’y avait pas d’égalité démocratique sans égalité sociale. Malheureusement, cette loi fut contournée par l’organisation de pénuries volontaires par les honnêtes gens (c’est à dire les gens de biens) et d’un marché noir.

 

La Terreur : 1793 – 1794

Le 5 septembre 1793, l’avocat Bertrand Barère, membre du Comité de Salut Public (le gouvernement républicain) demande à la Convention nationale de prendre toutes les mesures propres à sauver les acquis de la Révolution. L’assemblée met «la Terreur à l’ordre du jour».

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La Révolution, il est vrai, est alors menacée de toutes parts, l’exécution du roi et la persécution des prêtres ayant retourné contre elle l’opinion de la plupart des Européens et des Français.

Le dimanche 10 mars 1793, la Convention décrétait la levée en masse de 300.000 hommes pour protéger les frontières. Le 28 mars, à l’instigation de Danton, Robespierre et Marat, elle institue un Tribunal criminel extraordinaire, plus tard appelé Tribunal révolutionnaire, pour juger les traîtres à la patrie et les opposants au nouveau régime républicain ! Antoine Fouquier-Tinville, magistrat impitoyable, assume la charge d’accusateur public. Il va user dès lors de son autorité pour envoyer à la guillotine aussi bien d’innocents suspects que Charlotte Corday, meurtrière de Marat, l’ex-reine Marie-Antoinette ou des chefs de la Révolution comme ses propres amis Danton, Robespierre et même son cousin Camille Desmoulins. Sombre détail de l’Histoire, la guillotine, inventé par le Dr Guillotin, avait été conçue dans le but de diminuer la souffrance des condamnés à mort car autrefois, un condamné chanceux était mis à mort par un bourreau qui lui tranchait la tête d’un seul coup sec mais ce n’était pas toujours le cas et parfois, le bourreau devait s’y prendre à plusieurs reprises. La guillotine était donc pensé comme un engin de civilisation luttant contre la barbarie mediévale.

La Terreur n’a eu pour effet que de dégrader la situation économique du pays car plus on coupait des têtes plus il fallait le faire. Outre la loi du maximum qui comme nous l’avons vu, fut progressivement réprimée par la guillotine, le fait de condamner à la va-vite des citoyens et parfois des chefs royalistes, la Terreur alimenta la contre-révolution et donc le nombre de condamnation ne faisait qu’augmenter car comme chacun le sait : « la violence appelle la violence. »

Comme la situation ne semble qu’empirer, le Comité de Salut public décide d’accentuer la répression dans une fuite en avant quelque peu schizophrène, sans voir que la répression aveugle alimente la contre-révolution. L’un de ses membres, Louis Antoine Saint-Just (27 ans), accuse les fonctionnaires de corruption et à tout le moins de laxisme, notamment dans l’application de la loi du maximum. «Il est impossible que les lois révolutionnaires soient exécutées si le gouvernement lui-même n’est constitué révolutionnairement», lance-t-il à la tribune de l’Assemblée le 10 octobre. «Il n’y a point de prospérité à espérer tant que le dernier ennemi de la liberté respirera. Vous avez à punir non seulement les traitres, mais les indifférents mêmes : vous avez à punir quiconque est passif dans la République et ne fait rien pour elle…». À son initiative est adopté ce jour-là un décret qui proclame : «Le gouvernement de la France sera révolutionnaire jusqu’à la paix». La guillotine tourne bientôt à plein régime et comme cela ne suffit pas, Robert Lindet va rédiger le décret du 22 prairial An II (10 juin 1794) qui sera présenté à la convention par Georges Couthon. Ce décret simplifie les procédures et, sera appliquée sans le filtrage des commissions populaires dont la mise en fonctionnement fut sabotée par les partisans de l’exagération, c’est l’instauration ce que l’on a appelé la Grande Terreur. La sentence était rendue selon l’intime conviction morale des juges et des jurés. Désormais, il n’existait que deux issues aux procès : l’acquittement ou la peine de mort. La Terreur va se terminer avec l’arrestation de Robespierre et de ses camarades pour la Terreur dont il assumait la responsabilité mais en rejetta les excès sur ses adversaires Barras, Tallien, Fouché (les riches bourgeois futurs directeurs). Il fut guillotiné avec ses camarades, le 9 Thermidor de l’an II (26 juillet 1794).

Il est difficile d’imaginer comment les choses eussent pu se dérouler autrement. A partir du moment, où le gouvernement révolutionnaire mis le doigt dans l’engrenage de la Terreur, il était condamné. Comme nous l’avons vu, la Terreur a été décrété sur fond réel de menaces venant de l’étranger (la famille éloignée de Louis XVI) et de l’intérieur par les royalistes. Cependant malgré ce que l’on peut croire, les puissances étrangères n’étaient pas si pressées que ça d’intervenir en France, après tout c’est une affaire française qui ne les concerne guère. En réalité, c’est bel et bien la convention qui a déclaré la guerre à l’Autriche après la tentative de fuite du roi en 1792. Pourquoi cette guerre ? pour calmer les ardeurs des jacobins qui ne se satisfaisait pas de cette monarchie constitutionnelle qui ne respectait pas la déclaration des droits de l’homme. Ainsi en créant une situation de conflit, on créa une nécessité d’union sacrée qui se retourna contre la France car les généraux et officiers de l’armée française étaient les nobles de l’ancien régime et c’est une armée sans officier qui dut affronter les armées étrangères et jusqu’à la victoire de Valmy, la patrie était en péril. Sur la déclaration de guerre, Robespierre alors député déclara : « A Rome quand le peuple, fatigué de la tyrannie et de l’orgueil des patriciens, réclamait ses droits par la voix de ses tribuns, le sénat déclarait la guerre ; et le peuple oubliait ses droit et ses injures pour voler sous l’étendard des patriciens, et préparer des pompes triomphales à ses tyrans. Dans des temps postérieurs, César et Pompée faisaient déclarer la guerre pour se mettre à la tête ds légions, et revenaient asservir leur patrie avec les soldats qu’elle avait armés. » belle clairvoyance quand on sait que c’est Napoléon qui terminera la révolution 8 ans plus tard.

 

Pour résumer, la révolution française a été le changement de la société française d’un ordre féodal à un ordre bourgeois avec un pouvoir politique autrefois tenu par le rang de naissance désormais accaparé par le pouvoir économique. L’argent est donc devenu Roi à cette époque et la révolution industrielle qui débute montrera à quel point la classe bourgeoise domine le reste du peuple, ce qui fera naître la condition ouvrière et les revendications qui vont avec.

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Il est difficile de connaitre précisément la vie d’un homme tel que Robespierre mais la méconnaissance de la vie politique du grand homme de la révolution est finalement trop souvent exacerbé par les media de masse et ce soit disant tyran sanguinaire a bien plus de choses à nous apprendre que l’on croit. C’est pourquoi nous conseillons le visionnage de cette conférence d’Henri Guillemin sur Robespierre :

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