La semaine de la tragédie politique

Par Xavier Béchereau

La conférence environnementale clôtura dimanche dernier une semaine politique des plus cocasses. Des grognements des uns aux « hourra! » des autres, on finit par ne plus savoir à quel saint se vouer. Si ce vaudeville politique n’était qu’une farce réussie avec ces quiproquos, ces apartés plus ostensibles que d’habitude et les roulements de tambour à l’arrivée et au départ pour le monologue sibyllin du Roi, nous aurions le droit d’en rire à gorge déployée mais comme le dit l’adage d’un penseur français contemporain : « Je ne pense pas que les hommes politiques nous ferons un jour autant rire qu’ils nous emmerdent. »

Il faut bien se rendre compte que cette tragicomédie en trois actes entre le PS, le gouvernement, EELV avait tout juste pour sujet l’écologie, (qui visiblement reste secondaire pour Pierre Gattaz et sa troupe du MEDEF), et de savoir comment nous allons faire face à, sans aucun doute, le plus grand effort d’adaptation et d’organisation de notre modèle social et économique depuis qu’il existe des homo sapiens sur terre. Je tiens à régler le cas du MEDEF en premier, comme cela nous serons tranquille n’est-ce-pas ? Une fois le discours de notre monarque terminé, à propos de la baisse de la consommation énergétique, notre ami Pierrot sortit une déclaration, que dis-je une réplique : « C’est un objectif un peu bizarre. Baisser de 50 % la consommation, c’est un chiffre inatteignable. Le monde aura besoin de plus en plus d’énergies. » (source Mediapart) Bravo, beau boulot Pierrot ! Retravaille un peu le concept de ressources finies, tu devrais finir par voir un truc qui cloche dans ton raisonnement, ah oui et les gaz de schistes en font partie hein !

Bref reprenons. Ce qui se passe en dehors de cette conférence environnementale est tout aussi intéressant et lui donne un contexte des plus amusants. Jean-Marc Ayrault demande la tête de Pascal Durand, premier secrétaire d’EELV! Le Front de Gauche a toujours entretenu de bonnes relations de travail avec Pascal Durand qui partage une grande majorité de nos revendications et idées politiques mais avec une différence majeure : celle de la stratégie. En somme, nous dehors et lui dedans. Depuis le temps que les Verts avalent des couleuvres avec le TSCG, l’ANI, la compétitivité, l’éviction de Delphine Batho, le franc désintérêt de ce gouvernement pour l’écologie, peut-être était-ce trop et la semaine commença par l’ultimatum de Pascal Durant à François Hollande : 6 jours pour donner des garanties d’actions sur l’écologie et la transition énergétique. Quel crime de lèse-majesté ! Alors que celui qui jusqu’alors tenait à la participation des Verts au gouvernement, c’est lui qui maintenant se fait insulter comme nous par le grand Vizir Ayrault qui selon l’Express aurait demandé sa tête et déclarait qu’on ne peut pas travailler avec des gens comme ça. On se demande avec qui, ils peuvent vraiment travailler au juste si ce n’est des personnes d’accord avec ce qu’ils pensent.

Il est navrant de constater que Pascal Durand est un peu esseulé à EELV et qu’il est possible qu’il soit exfiltré manu militari au prochain congrès par les éléphants verts, vassaux du roi de France. Mais ! Il y a eu la conférence environnementale et François a pu nous montrer toute la finesse de son esprit avec son discours prophétique : « nous devons réduire de 50% les dépenses carburants d’ici 2050 ! » J’aimerais vraiment connaitre la personne qui trouve les idées de ces discours parce qu’honnêtement l’effet comique est réussi : 50-50 il fallait y penser non ? on sent toute l’inspiration qu’a pu procurer à l’auteur de cette idée, la bière du dimanche soir sur un coin de table d’un bistrot parisien. Vraiment il faut aller chercher loin ! D’ailleurs plus c’est loin, meilleur c’est, car lorsqu’on regarde dans le détail ce qui est prévu pour le reste du mandat, et que François Hollande pourrait faire toute suite, on trouve nada (rien en bon français).

Je ne veux pas accabler notre président mais comment espérer faire baisser de 50% les dépenses énergétiques sans s’attaquer à la libéralisation de l’économie, aux déplacements sans contrôle des capitaux, sans relocaliser l’industrie et l’agriculture. Car faire baisser de 50% la consommation des avions, des bateaux et des camions, on peut toujours rêver, par contre, peut-être qu’avec des circuits courts et une économie circulaire au lieu de linéaire, on aurait des chances d’y arriver, encore faut il créer le contexte économique pour permettre l’existence de la chose.

Tout cela n’est encore une fois que brassage de vent pour souffler les annonces qui suffiront à maintenir les écologistes comme bagage accompagné du PS pour les municipales et européennes. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi les ONG viennent perdre leur temps dans ces grands sommets de la phrase et de la bonne intention.

Enfin, l’épilogue de la semaine fut la réélection d’Angela Merkel à la chancellerie allemande. C’est ballot quand même, va-t’on continuer à laisser l’Allemagne gérer l’Europe dans les intérêts des électeurs de la CDU ou va-t’on enfin engager le rapport de force ? Peut-être peut-on voir dans cette élection une leçon pour le PS français : depuis que le SPD s’est lancé dans le libéralisme avec les réformes Schröder, ce parti obtient 25% des voix quand la CDU dépasse les 40% et se rapproche du record historique d’Helmut Kohl, qui en 1994 avait l’aura de ré-unificateur de l’Allemagne. Ceci démontre encore une fois que lorsque les partis de gauche soutiennent le libéralisme et ne s’attaquent pas au cœur du problème, ces partis se vident de leur substance et ne représentent plus rien sur la scène politique. Et le pire est sans doute cette info : l’ensemble SPD, les verts et Die Linke (une sorte de Front de Gauche allemand) devance la CDU de 8 sièges (319 contre 311 respectivement). L’union de la gauche, oui, mais contre ce capitalisme financier-là! et pour l’écologie qui sera au cœur des débats des assises de l’écosocialisme à Chalons le 20 Octobre.