Chronique du Vendredi : l’économie sociale et solidaire

par Stéphane Labbé
(cet article est le premier d’une série)

Quelle que soient les conséquences, je ne mâche pas mes mots. J’ose et j’assume. Par contre, je mâche les mots des autres et, à plus forte raison, quand ce sont des mots qui planent dans l’air ambiant. Ainsi, quand j’ai entendu parler d’économie sociale et solidaire pour la première fois, c’était sous le nom d’économie positive. Comment alors ne pas penser à cette espèce de déluge novlangagier dans lequel on nous a essoré le cerveau il y a de cela quelques années ? Entre le « Je positive » d’une enseigne de la grande distribution, la « positive attitude » d’une blondinette insouciante et vite oubliée, et même la reprise dans un discours prime-ministériel, ma coupe était déjà pleine et débordée. Comment alors ne pas également s’étonner à nouveau pour réinterroger ce à quoi renvoient ces mots ?

Économie…

Dans La politique, Aristote définissait l’économie comme l’art de s’occuper « de l’utilisation des biens dans la maison ». On parle alors de l’économie domestique. Étendue à la cité (on se souviendra qu’alors la norme géopolitique était alors la cité-état), on parle alors d’économie politique.

plus Sociale…

Nous voici de nouveau devant un mot qui a subi un fort essorage sémantique. Entre les « aides sociales », les « cas sociaux » et la confusion apparue avec « sociétal », on finit par en oublier que ce qui caractérise la société, c’est la reconnaissance (parfois contradictoire) de l’interdépendance d’individus avec des normes communes et au moyen d’institutions particulières. Pensant à cela, on comprendra alors la difficulté qu’il y a à faire tenir ensemble des individus aux aspirations parfois antagoniques, que ce soit dans une entreprise (SARL, SA, etc) quand les divergences d’intérêts apparaissent ou bien à un niveau plus global et abstrait quand l’institution chancelle (ex : Société de consommation)

plus Solidaire…

En première analyse, ce mot fait écho à tous ces mots qu’on invoque avec d’autant plus de force que la réalité qu’ils sont censés représenter est affaiblie voire inexistante : « ensemble », « pays des droits de l’homme », « changement ». En seconde analyse, force est de constater que, notamment depuis les élections présidentielles de 2012, il se voit substituer le mot « assistanat » dont la connotation est différente, voire opposée.

égal quoi, au fait ?

Comment alors comprendre l’assemblage de ces trois notions ?

Le point essentiel sur lequel revenir est la distinction qu’Aristote, déjà, faisait entre l’économie (qui reste solidaire de la nature et qui se charge de stocker, gérer et rentabiliser les produits nécessaires à la vie) et son qu’il appelait la chrématistique (c’est-à-dire quand entrent en jeu l’argent, le commerce et l’accumulation).

Face à une économie mondialisée et financiarisée, dont on voit chaque jour qu’elle n’est qu’un aspirateur de valeur du bas vers le haut de la pyramide d’accumulation capitaliste, l’économie sociale et solidaire est-elle un sous-ensemble, une roue de secours ou une alternative ?

Cette question sera le fil rouge que je propose de suivre au long de ce dossier.