Mardi 2 Juillet 2013, une date noire pour la démocratie française

Par Xavier Béchereau

Hier, la France a vécu un véritable séisme politique dont nous ne pouvons encore percevoir les conséquences. Ce ne sont pas moins de trois événements politiques majeurs qui en moins de 24 H ont secoué la majorité présidentielle. Faut il y avoir la fin d’une ère ? celle où n’arrivant plus à faire le grand écart entre les promesses de changement du candidat Hollande et la réalité de la politique d’austérité appliquée depuis plus d’un an, le parti socialiste se cambre sur ses positions et use d’une autorité qui n’a pas de sens dans un pays réellement démocratique. Retour rapide sur ces événements.

L’extinction des voix discordantes

Cela fait maintenant plusieurs mois que le gouvernement ne permet plus l’existence du débat démocratique en dédaignant tout rôle au parlement de légiférer sur les textes fondamentaux pour notre pays. Rappelons nous déjà l’utilisation du vote bloqué au sénat pour la loi issue de l’Accord national interprofessionnel (ANI) et du renvoi aux oubliettes du texte approuvé à la majorité du sénat sur l’amnistie des syndicats.

Jusqu’à présent, ce n’était que le fait du gouvernement. Mais hier, alors qu’un groupe de trente parlementaires PS avait proposé un amendement sur le non cumul de plus de 3 mandats consécutifs, le président du groupe PS à l’assemblée, Bruno le Roux a torpillé « le texte au bazooka » selon les propos d’une député. Rappelant la position de Jean-Marc Ayrault sur le sujet, et alors que les débats devenaient houleux, Bruno Le Roux s’est levé comme d’un seul homme et déclara  qu’il n’y avait pas besoin de voter, que le débat se résumait à savoir qui était pour et qui était contre le gouvernement. Alors, il demanda qui était contre et à ce moment, lever la main semblait signifier vouloir la mort de François Hollande.

Aujourd’hui, nous sommes navrés de voir que notre expression de parti solférinien prend réellement tout son sens.

Rappelons nous d’ailleurs, certaines paroles de Bruno le Roux il y a quelques mois :

 

La fin de l’espoir du changement de cap de l’intérieur

De nombreux élus et responsables politiques de bonne foi, pensaient encore pouvoir infléchir la politique gouvernementale de l’intérieur du gouvernement et du PS, c’est la position de Pascal Durand pour EELV mais également de Marie-Noëlle Lienemann ou de Gérard Filoche au Parti Socialiste.

Hier en début de journée, c’est une ministre qui a parlé. Jusqu’à présent, Delphine Batho, ministre de l’écologie s’était tue malgré les dossiers comme Notre Dame des Landes ou le tunnel Lyon-Turin ou encore lorsque le budget de son ministère avait déjà été réduit en 2012-2013. Mais lorsque François Hollande parle de faire de la France le pays de l’excellence gouvernementale, que la transition énergétique est non seulement un enjeu majeur de civilisation mais qu’elle est en plus un filon de création d’emplois : plus de 600 000 dans toute la France et que le budget pour l’écologie est encore amputé de 7%, alors Mme Batho a raison de poser tranquillement la question de la justesse du prochain budget. Pour cette faute de lèse-majesté, dans le gouvernement Ayrault, on a le droit d’être convoqué comme un délinquant et viré sur le champ.

Comprenons bien ce qui vient de se passer. Une ministre, donc une personne avec un rôle de premier plan dans la mise en place de la politique de la France, se fait sortir manu militari du gouvernement pour avoir essayer de faire bouger les lignes de l’intérieur. Quelles sont alors les chances pour des parlementaires ou même des élus locaux de faire changer cette politique gouvernementale ? aucune.

Il est étonnant de voir que les premiers soutiens à Delphine Batho sont venus du Front de Gauche et non du PS alors que ce dernier nous accuse de provoquer la division de la gauche. Preuve est faite une bonne fois pour toute que la division vient de l’inflexibilité d’en haut et non des militants qui ne se reconnaissent plus depuis longtemps dans ce gouvernement qu’ils ont élu.


Alexis Corbière à « Le soir BFM » le 02/07/20103 par lepartidegauche

La France aux ordres d’une puissance étrangère

La France a une dette envers un héros des temps modernes : Edward Snowden. Grace à lui, nous avons pu connaitre les programmes d’écoute et d’espionnage des services Américains non seulement sur leur propres concitoyens mais également sur l’Union Européenne tout entière. Cette information est capitale car non seulement c’est une entrave à la souveraineté nationale et européenne mais elle arrive à point nommé. La commission européenne a reçu dernièrement un mandat pour négocier le traité de libre échange transatlantique entre les Etats-Unis et l’Europe. Le Front de Gauche est formellement opposé à ce traité de libre échange mais là n’est pas le sujet, le mandat de la commission est tenu secret des Européens et également des Américains, mais nous savons désormais qu’il y a une forte chance que les Etats-Unis connaissent le contenu de ce mandat. Grâce aux révélations de Snowden, la prudence voudrait que l’on cessât immédiatement les négociations d’un accord périlleux pour notre modèle social et économique.

Mais là n’est pas l’événement. Snowden, actuellement en Russie selon les dernières informations, a demandé l’asile politique à une vingtaine de pays dont la France, comme Julien Assange. Alors que l’avion du président Bolivien Evo Moralès était en vol de retour de la Russie pour faire une escale technique au Portugal, les services Américains donnent l’information de la possible présence de Snowden à bord de l’avion. En conséquence, le Portugal interdit au président bolivien d’atterrir sur son territoire et alors que l’avion se déroutait vers l’Espagne, la France aux ordres des Américains, interdit le survol de son espace aérien à un président ami et allié.

Finalement, Snowden n’était même pas présent dans l’avion mais nous avons là la preuve de la position atlantiste de François Hollande et cela pose surtout une grave question de sécurité nationale.

Une puissance étrangère exerce une influence impérialiste sur le monde et nous espionne à notre insu ; lorsque l’opportunité se présente à nous d’aider un résistant, nous collaborons avec cette puissance étrangère. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais cette phrase peut être réutilisée pour parler de certains événements qui ont eu lieu en France entre 1940 et 1944.

 

Tout ceci est très grave et le 2 Juillet restera sans doute une date sombre dans l’histoire de notre pays, mais nous ne lâchons rien. Nous, le Front de Gauche, avons depuis toujours été clairs sur nos revendications politiques, économiques et écologiques et nous ne pouvions résolument pas participer à ce gouvernement car comme Delphine Batho, nous aurions été démissionnés par le président. La majorité de gauche a volé en éclat hier même si les apparences seront maintenues mais pour encore combien de temps. Il faut reconstruire la majorité de gauche s’il on veut éviter la misère sociale source du fascisme et de l’extrême droite en France. Seul le Front de gauche a la légitimité et la force de ce rassemblement, nous lutterons jusqu’au bout pour une vraie politique de l’intérêt général pour le peuple de France mais également de tous les peuples car comme l’était la Révolution, la France n’est belle et juste que lorsqu’elle est universelle et qu’elle incarne la lueur d’espoir dans un monde consumé par la cupidité du peu au détriment des nombreux.

 

Addendum : Je souhaite rappeler la constitution de la 5e république française pour montrer que le président a failli à son devoir de respect de la constitution du peuple.

Préambule de la constitution en vigueur de notre république

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.

Préambule de la constitution du 27 Octobre 1946

4. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République.